Cléon (Seine-Maritime), reportage
Seuls ou en petits groupes, les salariés de Ampère de Cléon (une filiale de Renault), convergent vers le tourniquet d’entrée de l’usine, tandis que, faisant le chemin inverse, d’autres employés prennent la route du parking. Il est 13 h 30 et l’équipe de l’après-midi remplace celle du matin dans l’usine située au sud de Rouen. Une usine qui, depuis 1958, produit des moteurs et des boites de vitesse pour la marque au losange.
Produire pour l’armée ? Si la révélation du projet par la presse le 19 janvier suscite un certain nombre d’inquiétudes au sein du personnel, celui-ci n’est qu’un sujet de discussion parmi d’autres au vu de la situation sociale de l’usine. « Moi, je suis sur un secteur qui va fermer, donc on parle plus de nos mutations », glisse à l’improviste un salarié, puis d’ajouter avant de filer vers le tourniquet : « C’est vrai que ça fait peur. Si un jour il y a une guerre, on sera les premiers bombardés. »
Cette nouvelle production qui divise les salariés, c’est le drone Chorus. Un engin développé par l’entreprise d’armement Turgis Gaillard en collaboration avec Renault — qui devrait ouvrir dès la fin de l’année une chaîne d’assemblage dans son usine du Mans. Le site de Cléon, seul site français du groupe à fabriquer des moteurs, se chargerait quant à lui de la propulsion. Selon les informations distillées par le constructeur, la capacité mensuelle de production serait de 600 drones par mois.
Devant l’usine de Cléon, difficile d’obtenir des réactions des employés sur ce sujet. Une attitude qui, pour William Audoux, secrétaire CGT de l’usine, s’expliquerait par une peur de représailles de la part de la direction. Casquette vissée sur la tête, et badges épinglés à la veste, ce vétéran travaille dans l’usine depuis plus de trente ans et en connaît parfaitement les arcanes. Selon lui, les avis sur…
Auteur: Guénolé Carré

