La colère a toujours été le carburant des grandes révolutions et des conquêtes sociales. Alors, pourquoi la colère a-t-elle déserté les luttes contemporaines ? Pourquoi les militants écologistes l’oublient-ils au profit de l’anxiété ou la tristesse ? Et surtout, comment réhabiliter cette émotion pour en faire une force collective ?
La colère, un héritage de lutte
Pour Éric La Blanche, la colère n’est pas une émotion basique ou primitive, mais un moteur historique.
« Rien de grand et d’humaniste ne s’est fait dans le monde sans colère » affirme-t-il. Les révolutions, les conquêtes sociales, les soulèvements populaires ont presque toujours été portés par cette émotion.
« C’est une histoire de colère populaire, nationale, une histoire de groupes humains qui, à un moment, se sont dit : trop, c’est trop. »
Pourtant, aujourd’hui, la colère semble s’être absentée des radars militants. Pourquoi ? Parce qu’elle a été « volontairement interdite, réprimée », explique l’auteur. Depuis l’Antiquité, la colère a été progressivement dévalorisée, passant d’une émotion divine et valorisée (comme dans L’Iliade, où la colère d’Achille est au cœur du récit) à une émotion « basse », voire un péché mortel avec l’avènement du christianisme.
Éric La Blanche
La colère, victime du pouvoir
« Les dirigeants ont toujours eu peur de la colère populaire » souligne l’essayiste. En effet, la colère est une émotion qui pousse à l’action, à la révolte, à la revendication. Elle est donc dangereuse pour les pouvoirs en place, qui lui préfèrent la peur, la tristesse ou l’anxiété – des émotions qui paralysent plutôt qu’elles ne mobilisent.
Éric La Blanche cite l’exemple des mouvements écologistes actuels : malgré une masse scientifique accablante sur l’urgence climatique, les gens peinent à passer à l’action.
« On a tout pour réussir : les études, les dégâts……
Auteur: Isabelle Vauconsant

