Ce reportage s’inscrit dans notre série La balade du naturaliste : une randonnée à la découverte d’une espèce ou d’un milieu exceptionnel, en compagnie d’une ou d’un passionné.
Montpellier (Hérault), reportage
Sur la berge caillouteuse, des familles se pressent pour barboter dans le cours d’eau. Leurs rires se mêlent au glouglou du torrent, qui peine à couvrir le vrombissement des voitures. À première vue, le Lez n’a rien d’un fleuve sauvage. Pourtant, depuis une décennie, un animal furtif et farouche s’y est installé : la loutre d’Europe (Lutra lutra).
« On ne la voit presque jamais », nous prévient d’emblée Simon Lacombe, notre guide du jour. Doctorant au CNRS, il n’a observé le petit mammifère que trois fois dans sa vie. Il a en revanche collecté moult preuves de sa présence dans la cité héraultaise : quelques photos d’empreintes griffues, de beaux spécimens d’épreintes — le nom donné aux crottes des lutrinés —, pas mal de vidéos via des appareils cachés, et des échantillons de son ADN. D’après ses calculs, « entre 3 et 10 » loutres vivraient ainsi sur les 30 km du fleuve côtier.
Casquette vissée sur la tête, il nous entraîne à travers les taillis, jusqu’à une cascade bordée de pavés clairs. « C’est un lieu de nourrissage, où l’on trouve souvent des épreintes et des restes de repas », indique-t-il. Fébrile, je m’attends à voir surgir une maman voguant sur le dos, son bébé posé sur le ventre, avant d’apprendre que seules les loutres de mer, absentes d’Europe, pratiquent ces baignades câlines. « Les loutres ont une image très positive, s’amuse Simon Lacombe, mais elles sont en fait assez méconnues. »
Sachez donc que Lutra lutra se distingue du ragondin par ses quatre pattes palmées et son corps fuselé. À l’instar du castor, elle dispose d’un pelage hyper dense — quasi imperméable —, mais elle n’a rien…
Auteur: David Richard, Lorène Lavocat

