« On ne peut rien faire face à 40 °C » : l'agro-industrie paie le prix fort du dérèglement climatique

Douarnenez (Finistère), correspondance

Le hangar de Manu est bien vide. Seuls les restes de graines qui tapissent le sol et l’odeur d’ammoniac qui pique le nez rappellent qu’ici, il y a encore quelques jours, plusieurs milliers de dindes occupaient l’espace. « Mais avec la chaleur, elles ne prenaient plus de poids, elles mangeaient peu, étaient affaiblies. Ça ne servait plus à rien que je les garde, elles sont parties à l’abattoir un mois et demi plus tôt que prévu », regrette l’éleveur, installé dans une petite commune du Finistère — « pas besoin de préciser où exactement », indique ce dernier, d’un naturel plutôt discret.

Fin juin déjà, alors que la deuxième canicule de l’année 2026 faisait grimper le thermomètre à plus de 40 °C dans plusieurs coins de Bretagne, l’agriculteur a perdu quelque 2 000 bêtes, sur un cheptel de 9 000 au total. Manu a alors dû enfouir lui-même ses dindes mortes, comme nombre de ses collègues, faute de place dans les stations d’équarrissage, qui saturaient. Les services de la préfecture lui ont proposé un terrain, Manu y a creusé un trou à l’aide de son tracteur, recouvert les carcasses de chaux pour les dissoudre et a enseveli le tout sous la terre.

Le garde-manger de la France

« Je n’ai jamais connu ça. Même en 2003, pendant la canicule, ce n’était pas comme ça. J’avais perdu 50 bêtes à tout casser », se rappelle l’éleveur, qui dit ressortir stressé de ces canicules répétées. Il faut dire que le dérèglement climatique touche durement la Bretagne, et ainsi l’agriculture bretonne, et plus largement le secteur de l’agroalimentaire.

Et pour cause : la Bretagne est la première région de France pour la production de viande et dans le domaine des industries agroalimentaires. Elle produit de la nourriture pour 20 millions de personnes, alors qu’elle compte 3,4 millions d’habitants. L’agriculture représente quant à elle…

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Auteur: Chloé Richard