Saint-Dizier et Vitry-le-François (Haute-Marne), reportage
Une croissance ultrarapide, même en hiver, des boutures par milliers qui s’enracinent le long des berges, une force d’adaptation hors du commun… Un végétal aux capacités rares est en train de s’installer dans les canaux français.
« Nous avons abandonné l’idée de l’éradiquer », dit Arnaud Petitot, bravant l’humidité glaciale d’un chemin de halage au bord du canal entre Champagne et Bourgogne (Marne), en anorak bleu marine floqué Voies navigables de France (VNF), où il exerce comme directeur régional.
« On ne sait pas arrêter sa progression, complète Cécile Pestelard, experte de la plante pour VNF, les yeux rivés sur l’étendue d’eau. Mais si nous ne faisons rien, même l’eau ne passe plus. C’est une plante vraiment particulière, qui possède des caractéristiques que n’ont pas les autres plantes. »
Le myriophylle hétérophylle, une plante subaquatique originaire d’Amérique du Nord, a été importée en France dans les années 1980 par des passionnés de botanique. Elle a commencé à se développer de manière exponentielle à partir de 2019 en profitant notamment des effets du réchauffement climatique.
1 000 km de voies fluviales envahis
Au total, 1 000 km de voies fluviales sont aujourd’hui envahis, soit un quart du réseau. Sur les six itinéraires possibles dans l’est de la France, trois sont complètement pris. Une véritable marée verte.
Le « myrio », de son petit nom, pousse jusqu’à 30 centimètres par semaine en été et — contrairement à la plupart des autres plantes — continue sa croissance en hiver. Il est particulièrement à son aise dans les 4 300 km de petits canaux où circulent des péniches de petit gabarit (38,5 mètres, 350 tonnes).
Ces voies d’eau sont peu profondes, dénuées de courant et les passages de péniches, qui contribuent à remuer le sol et à rendre l’eau trouble, sont…
Auteur: Erwan Manac’h

