« On nous a esclavagisés et mon corps s’en souvient »

J’ai été un des leaders de la lutte. En octobre 2021, cela faisait presque deux ans que je travaillais comme intérimaire pour Sepur, sur le site de Pantin. J’étais ripeur, c’est-à-dire que je ramassais les ordures à l’arrière du camion benne. J’étais sans papiers. Deux ans d’exploitation, comme de nombreux camarades partout en Île-de-France, victimes de ce même système d’exploitation.

Chez Sepur, ce « système » consistait à nous embaucher comme intérimaires sans que nous soyons en contact avec les entreprises d’intérim. On nous disait de venir le matin, très tôt, dans les dépôts. Là, le chef d’équipe, en CDI chez Sepur, décidait ou non de nous embaucher. Les conditions étaient à prendre ou à laisser, nous n’avions pas le choix. On ne connaissait pas l’entreprise d’intérim dont on voyait le nom sur nos fiches de paie. Moi, je n’ai jamais rencontré une seule personne qui travaillait pour celle-ci !


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Pendant deux ans, j’ai donc été embauché sur le site de Pantin pour ramasser les ordures, notamment autour de Quatre-Chemins, une zone particulièrement compliquée car très touchée par le trafic de drogue, avec beaucoup de violences. Sepur a profité de mon gabarit [Cheick mesure 2,02 mètres, N.D.L.R.] et de mon statut précaire pour me placer en première ligne. Plusieurs fois, j’ai été agressé par des « toxicos » sans jamais bénéficier de mesures de protection particulières.

De toute manière, des protections, nous n’en avions aucune. Quand j’ai commencé à travailler, on ne m’a pas fourni tous les équipements nécessaires. J’ai dû aller à Decathlon pour m’acheter des…

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