La Rochelle (Charente-Maritime), reportage
À peine ouvert le grincheux portillon du jardinet, une silhouette apparaît derrière les rideaux. « J’évite de le dégraisser, sourit Émilienne Pannetier. Il me sert de sonnette. » Pantoufles aux pieds, l’ancienne aide-soignante s’engouffre dans un salon tamisé où trône un petit sapin de Noël. Un monticule de documents médicaux menace de s’échapper de la commode. « Bernard, mon mari, dort à l’étage. Il est épuisé. Nous étions à l’hôpital ce matin. »
Le 31 octobre, la Rochelaise est tombée des nues en visionnant le journal télévisé local. La voix off de la journaliste annonçait la détection d’un foyer de cancers dans cinq quartiers de l’ouest de la ville. Et à l’écran, défilaient dans le lot des images du sien. Dans le détail, 27 % de cancers du poumon supplémentaires ont été observés chez les hommes de ce territoire entre 2008 et 2019. Une surincidence grimpant à 33 % concernant les tumeurs des voies aérodigestives supérieures, telles que la bouche, la langue et l’œsophage.
Le conjoint d’Émilienne se bat contre un cancer métastasé depuis cinq ans : « Au service oncologie, c’est les Champs-Élysées, décrit-elle. Ça entre et ça sort en permanence. » Un défilé de malades de plus en plus cadencé, d’après les dires de leur oncologue. « Ne serait-ce que dans notre rue, poursuit la retraitée, l’index pointé vers la demeure voisine. Le monsieur vivant là-bas en est décédé. La dame du fond aussi. Et celle à gauche en a un. »
Pesticides, hydrocarbures
Commandée et financée par le comité local de la Ligue contre le cancer, avec l’appui de l’agglomération rochelaise, l’étude à l’origine de l’alerte s’est uniquement concentrée sur la distribution spatiale de cette maladie. Aucune analyse fine n’a pour l’heure été menée pour déterminer les facteurs exacts de la surincidence…
Auteur: Emmanuel Clévenot

