Kourou (Guyane), reportage
À travers la vitre du pick-up défile la savane de Wayabo avec sa végétation basse et sèche, ses champs de patates douces, d’ananas, de pitayas (fruits du dragon) et ses troupeaux de zébus qui paissent paisiblement. « Nous sommes à la fois un des principaux pôles agricoles de Guyane et un lieu de vie », explique Benoit Burban, au volant du véhicule filant à travers la petite plaine littorale délimitée, au loin, par l’épaisse forêt tropicale humide. Pour cette raison, l’éleveur de chèvres et de brebis peine à croire que l’État a choisi Wayabo pour accueillir une « installation de stockage de déchets non dangereux » (ISDND) ou, selon ses mots, une « décharge déguisée ».
« On nous sacrifie après des années d’efforts à valoriser ces terres », déplore le porte-parole de l’Association kouroucienne des agriculteurs de Wayabo (Akaw), représentant les intérêts de la communauté. Arrivé en 2005 avec sa compagne, le couple fait partie de la première vague de paysans à avoir rejoint cette zone de 4 000 hectares, située entre les villes de Kourou et de Macouria, une friche alors aménagée par l’État pour la dédier à l’agriculture. Depuis, une centaine d’exploitants travaillent à Wayabo et une cinquantaine y vivent. « Depuis huit ans qu’on entend parler de ce projet [de décharge], plus personne ne veut développer son exploitation, et encore moins s’installer à Wayabo », explique l’éleveur, en garant sa voiture à l’entrée d’une friche, située à deux pas des premières productions maraîchères.
108 000 tonnes de déchets ménagers par an
C’est sur ce terrain cédé par un agriculteur en fin de carrière que le groupe Séché Environnement, industriel basé en Mayenne, entend ériger son futur « pôle environnemental ». D’une emprise de 36 hectares, l’infrastructure pourra accueillir chaque année jusqu’à 108 000 tonnes de…
Auteur: Enzo Dubesset

