« On est hyper maltraitée par notre institution, et on reçoit en même temps une vague de sympathie sans précédent. Comment voulez-vous qu’on ne chiale pas ? » Devant le rectorat de Créteil (Val-de-Marne), une centaine d’enseignants et d’enseignantes de Seine-Saint-Denis est là pour témoigner son soutien à Julie Léonis et Sabrina Mahfoufi, professeures du lycée Maurice-Utrillo de Stains (Seine-Saint-Denis). Les deux femmes, syndicalistes à la CGT, sont sous le coup d’une possible mutation forcée. Ce qui leur est reproché ? Avoir signalé des abus perpétrés contre des élèves dans leur établissement.
Une intersyndicale dénonce une « sanction déguisée honteuse », qui a été communiquée aux enseignantes par courrier quatre jours seulement avant la rentrée des classes. Après un entretien au rectorat, leur sort n’est toujours pas fixé : elles ont jusqu’au 7 octobre pour faire parvenir leurs observations.
Professeures d’espagnol et de physique-chimie, Julie et Sabrina ont, cette année, fait respectivement leur 22e et 26e rentrée au lycée Maurice-Utrillo, qu’elles ne veulent pas quitter. À leurs yeux, leur seul tort est d’avoir exercé leur devoir d’alerte en signalant les agissements d’un de leur collègue, professeur de sport, s’apparentant à des violences sexuelles sur certaines élèves, en plus de propos racistes et humiliants.
Des signalements dès 2011
Les premiers signalements datent de 2011. Julie Léonis et Sabrina Mahfoufi, ainsi qu »une partie de leurs collègues, ont de nouveau alerté leur hiérarchie en 2024, jusqu’au rectorat, et se sont mises en grève. Selon le dossier de 33 pages composé de témoignages et constitué par l’équipe enseignante, le professeur mis en cause entre dans les vestiaires des filles, les prend en photo pendant les cours de sport, leur demande de bouger en particulier leur bassin ou leur poitrine en cours de danse, a des érections en les regardant, tient des…
Auteur: Adèle Cailleteau, Delphine Bauer
