« On pense la mobilité comme un accès au travail alors qu’elle est avant tout un accès aux droits »

Face à la flambée des prix à la pompe, le gouvernement met en place, à partir du 27 mai, une aide de 50 € pour les travailleurs modestes « grands rouleurs ». Mais ces 50 €, pour appréciables qu’ils soient, ne résoudront pas les problèmes de fond de l’accès à la mobilité des personnes les plus vulnérables.

La mobilité est omniprésente dans les discours mais également dans les préoccupations quotidiennes des Français. Elle est aujourd’hui présentée comme un droit, une solution. Elle est souvent, pour ceux pour qui elle va de soi, une évidence. Elle est pour ceux à qui elle est refusée un défi et un combat trop souvent perdu, faute de moyens et d’accompagnement.

Une capacité d’élévation sociale

À force de réduire la mobilité au simple fait de se déplacer, ce mot s’est appauvri et nous a collectivement appauvris. Cet appauvrissement dit quelque chose d’essentiel sur notre manière de penser et d’agir le mouvement, mais également sur la manière dont la société nous impose et nous fait accepter des normes, même lorsqu’elles nous rendent malades ou qu’elles abîment le lien social et l’environnement.

À cause de ses effets délétères généralisés, la mobilité ne peut plus se contenter de désigner les déplacements ou les transports. Elle doit à nouveau évoquer une capacité d’élévation, la possibilité pour une personne de se transformer, de se réaliser, d’aller vers ce qu’elle aspire à devenir. Aujourd’hui, cette profondeur a disparu derrière le vocabulaire des flux, de la vitesse, de l’optimisation et de la performance.

Lorsque la mobilité se revendique intelligente, son intelligence est trop souvent pensée comme un moyen de faire circuler davantage de personnes, plus vite, plus loin, plus souvent. Mais cette mobilité qui déplace les personnes pour faire perdurer la société nous aliène à un modèle dont les jours sont pourtant…

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