Grenoble (Isère), reportage
C’est une boulangerie sans baguette de pain. Un commerce où personne ne se lève à deux heures du matin pour lancer le pétrin. Où les décisions sont prises au consensus. Où les salariées femmes sont plus nombreuses que les hommes. Bienvenue au Pain des cairns, à Grenoble, installé dans le quartier populaire de Saint-Bruno. Lancée en 2014, la boulangerie a connu une croissance fulgurante, tout en restant fidèle à ses valeurs d’autogestion et d’horizontalité.
Dans le laboratoire de production, les blagues fusent autour de la grande table en bois. Les boulangères et boulangers esquissent une chorégraphie millimétrée pour pétrir et enfourner 800 kilos à 1 tonne de pâte par jour. Leur harmonieux ballet est bercé par le doux ronronnement du pétrin.
L’odeur du levain chatouille les narines. L’espace de travail est ouvert sur le comptoir de vente où des tourtes de seigle, du méteil et du kornbrot attendent les premiers clients. Des pains au levain, issus de farines bios et locales, qui ont fait la renommée du lieu.
Pour nourrir des ventres affamés toujours plus nombreux, le Pain des cairns a bien grandi et compte désormais 16 salariés. Ce qui pose des soucis logistiques, car l’espace de travail a été pensé pour fonctionner avec une équipe de cinq personnes.
« On a toujours accompagné la demande en embauchant des personnes supplémentaires. Mais est-ce qu’on a envie de devenir la plus grosse boulangerie bio de Grenoble ? » s’interroge Mariette, qui travaille ici depuis cinq ans.
« Aujourd’hui, nous touchons une limite matérielle face à notre croissance. Nos chambres de pousse sont pleines. Notre four fonctionne sans interruption. Des personnes ont des problèmes de tendinite. Nous ne voulons pas être esclaves de notre outil de travail et nous voulons continuer à faire quelque chose qu’on aime sans s’abîmer », poursuit Étienne, arrivé ici il y a trois…
Auteur: Laury-Anne Cholez, Pablo Chignard

