« On serre les dents, parfois ça casse » : ces accidents du travail non déclarés dans le BTP

Antoine* est ouvrier dans une entreprise de BTP du Nord de la France. L’an dernier, il s’est blessé au bras sur un chantier. Mais il n’a pas déclaré l’accident, sous la pression de son employeur. « L’entreprise nous harcèle presque par téléphone. Et si on déclare, ils nous font chier sans arrêt après », dit-il. Selon lui, son cas n’est pas isolé dans son entreprise. « Ils font tout pour passer les accidents en arrêt maladie. En échange, soit ils nous donnent de l’argent, soit ils nous paient les jours de carence. »

Avec entre 80 000 et 90 000 accidents du travail déclarés chaque année, le secteur du BTP est l’un des plus risqués pour les travailleurs. Et comme le montre le témoignage d’Antoine, le chiffre réel pourrait être encore bien plus élevé.

« Plein de gens m’ont raconté qu’on leur a demandé de rester à la maison en étant payés plutôt que de déclarer l’accident », se désole Matthieu Lépine, auteur de L’Hécatombe invisible. Enquête sur les morts au travail. La tentation de ne pas déclarer pourrait être encre plus aiguë pour les travailleurs intérimaires, ajoute le professeur d’histoire qui décompte depuis des années les accidents du travail mortels. « Quand on est intérimaire, on se dit que si on déclare un accident, on ne sera peut-être pas rappelé la prochaine fois », pointe-t-il.

Intérim et précarisation

Or, le secteur du BTP est justement un de ceux où l’intérim est le plus fréquent, et en augmentation. Selon la Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques (Dares), qui dépend du ministère du Travail, le recours à l’intérim s’y établissait à plus de 10 % en 2018, contre moins de 5 % en 1996. Le secteur connaît ainsi une précarisation croissante. Le rapport de force déséquilibré entre employeurs et employés peut pousser des travailleurs à ne pas déclarer leurs accidents.

Pourtant,…

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Auteur: Camille Stineau

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