Le mois dernier, nous publiions QLF : nouveau parti pris étudiant, une proposition stratégique pour réinvestir politiquement les universités à distance de la morosité et de l’ennui qui caractérisent les organisations « de gauche ». Au programme : banquets, feux d’artifices et chasses au trésor. S’ensuivit une réponse depuis la face de Tolbiac, c’est cette semaine au tour de Paris 8 de rejoindre le débat, en essayant cette fois d’analyser les conditions qui ont rendu possible la pacification des universités.
Quand on sort de l’université de Paris 8 à Saint-Denis, on tombe souvent, chaque étudiant pourra en témoigner, sur des distributions de flyer Uber Eats. A travers des codes promos, ces flyers promettent de nous ’’offrir’’ 10euros sur notre prochaine commande. Même si l’on est contre, à force, on finit parfois par en prendre un : on se dit que ça pourra toujours servir. En tant qu’étudiant difficile de cracher sur « 10 euros » écrit en gros sur un bout de papier.
C’est alors qu’on se demande : comment en est-on arrivé là ?! Comment, en sortant de l’héritière de mai 68 (l’université expérimentale de Vincennes, maintenant Paris 8), qui a accueilli les Foucault, Deleuze ou Guattari, on se retrouve à s’engouffrer dans une ligne treize bondée avec nos écouteurs Bluetooth sur les oreilles, le smartphone dans la main droite et le flyer Uber Eats dans la main gauche.
« Le caractère étranger de l’université apparaît nettement dans le fait que, dès qu’il n’existe pas de contrainte physique ou autre, l’université est fuie comme la peste »
Karl Marx – Manuscrit de 1844 (mais il faut remplacer université par travail)
Si dans les facs plus rien ne résonne, si l’université est un milieu avec lequel nous n’entretenons plus qu’un rapport instrumental, se plier aux règles et essayer d’avoir de bonnes notes, ce n’est évidemment pas le fruit du hasard mais bien…
Auteur: dev

