Fabrizio Carlino discute ici le livre de Marie Thirion : Organiser le pouvoir ouvrier. Le laboratoire operaïste de la Vénétie (1960-1973), paru aux éditions Agone il y a quelques mois. Il y revient notamment sur la séquence de luttes radicales qui a marqué l’Italie du début des années 1960 à la fin des années 1970, la signification de l’opéraïsme, l’articulation entre mobilisations ouvrières et élaboration intellectuelle, ou encore la place de l’organisation Potere Operaio.
Selon une tradition historiographique désormais bien établie, 1968 en Italie se caractérise par sa durée[1]. La « séquence rouge italienne »[2], ayant ses racines au début des années 1960, ne s’arrêterait qu’à la fin des années 1970. L’opéraïsme a été sans doute l’une des composantes matricielles de ce cycle de luttes, qui a été à la fois largement « fantasmé » (p. 7) par les anciens soixante-huitards, surtout français, mais aussi souvent associé, dans l’opinion publique et par les historiens eux-mêmes, aux « années de plomb », à savoir à une période traversée par les actions violentes menées par les « extrémismes » opposés, les bombes des néofascistes, les attentats meurtriers et les enlèvements – dont celui de Aldo Moro, qui s’est soldé par son exécution par les Brigades Rouges en 1978, a marqué la fin.
La question du recours à la violence politique, de sa nécessité, sa légitimité ou son rôle néfaste, risque ainsi d’absorber une grande partie de la réflexion sur l’héritage des luttes des années 1970 en Italie. En outre, le prestige intellectuel de certaines de ses figures emblématiques a contribué à renforcer une représentation de l’opéraïsme comme d’un courant de pensée, une tendance hérétique à l’intérieur de l’histoire du marxisme,…
La suite est à lire sur: www.contretemps.eu
Auteur: redaction

