Entre Maripasoula et le village d’Antécume-Pata, l’artère principale du fleuve Maroni s’accompagne de multiples cours d’eau qui pénètrent dans les terres. Ces rivières, appelées « criques », très utilisées par les garimpeiros pour rejoindre les sites d’orpaillage, étaient aussi un lieu d’activité pour les Wayanas, peuple amérindien du Haut-Maroni. C’est le cas de la crique Lipo Lipo, située à une quinzaine de minutes de pirogue de Talhuwen : « Auparavant, on utilisait cette rivière pour la pêche. On y fabriquait des maisons en feuilles de waï [variété de palmier, N.D.L.R.] pour venir chercher le poisson », raconte Linia Opoya, habitante du village.
En amont de la crique, les garimpeiros déversent leurs boues polluées dans la rivière. L’eau est sale.
L. Opoya
Mais, depuis plusieurs années maintenant, il est devenu presque impossible de pêcher ici. La couleur orangée du Lipo Lipo détonne avec l’eau du Maroni, pourtant loin d’être cristalline. Une frontière nette de boue est particulièrement visible au point de rencontre des deux cours d’eau. « En amont de la crique, les garimpeiros déversent leurs boues polluées dans la rivière. L’eau est sale », se désole Linia.
Les rejets des garimperos obscurcissent les eaux et appauvrissent la photosynthèse. Les particules en suspension empêchent les rayons du soleil de passer et stérilisent la chaîne alimentaire. « On pêche moins. Pour trouver du poisson, on est obligés d’aller plus loin, encore plus haut sur le fleuve », explique-t-elle, vers des zones moins orpaillées car plus difficiles d’accès.
Des effets pour des dizaines d’années
Si la turbidité de l’eau représente un problème important pour les peuples du fleuve, Wayanas comme Bushinengués, elle n’est que la partie émergée de l’iceberg. Le fleuve et son environnement sont contaminés par un poison…
Auteur: Tristan Dereuddre

