Le socialiste autrichien Otto Bauer, comme d’autres figures de l’école dite « austro-marxiste » trop souvent négligée, aspirait à bâtir un mouvement ouvrier de masse capable de conquérir la démocratie parlementaire, puis d’aller plus loin en instaurant une république socialiste. L’échec de cette voie ne devrait pas conduire à méconnaître les apports de cette tradition et à esquiver les questions stratégiques qu’elle a soulevées – y compris en analysant les impasses dans lesquelles Otto Bauer et les dirigeants socialistes autrichiens se sont enfermés.
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La fin de la Première Guerre mondiale marqua un tournant historique majeure. L’effondrement des empires russe, allemand, austro-hongrois et ottoman, jadis puissants, mit un terme à ce conflit catastrophique tout en ouvrant paradoxalement la voie à une nouvelle conflagration. Dans une Europe centrale et orientale profondément remaniée, les peuples tentèrent de remettre en question le règlement imposé par les puissances alliées victorieuses.
Le rôle prédominant de l’Allemagne et de la Russie soviétique dans cette contestation, qui mènera finalement à la Seconde Guerre mondiale, relégua souvent au second plan l’histoire des plus petits États de la région. Éclipsés par les grands récits de l’époque, qui les réduisent à de simples pions ou à des acteurs secondaires de la politique des grandes puissances, ces pays restent encore largement méconnus à l’international.
La Première République d’Autriche faisait partie de ces États méconnus. Autrefois centre de pouvoir d’un vaste empire multinational de 55 millions d’habitants, l’Autriche, réduite à 6 millions de citoyens après la dissolution de l’Empire austro-hongrois en 1918, voyait un tiers de sa population concentré à Vienne, l’ancienne capitale impériale. Mis à part son annexion brutale par l’Allemagne nazie en 1938, cette république, pourtant fascinante,…
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