Où conspirent tous les songes

C’est un livre sur la nuit et le rêve. Le « rêve d’une chose », d’un communisme hétérodoxe aux marges de l’histoire. Recueillant l’héritage du jeune Marx – héritage vraiment précédé d’aucun testament – dont une lettre croyait constater que « le monde possède le rêve d’une chose dont il lui suffirait de prendre conscience pour la posséder réellement », Clément Willer nous convainc que celle-ci se trouve dissimulée mais bien présente, quoique d’une présence opaque, chez Marguerite Duras, il y a trente ans disparue. Il l’écrit très vite : « j’ai voulu […] m’approcher au plus près de ce qui fût rêvé  », désignant par là sa littérature et son engagement politique.

Si « la vie et les rêves sont les feuillets d’un même livre : les lire en ordre, c’est vivre ; les feuilleter, rêver », le livre est une plongée sans ordre – onirique, donc – où l’on feuillette Duras pour ne pas oublier que « souvent ce qu’on prend pour une idée est un souvenir ». Ainsi pourronsnous tenter d’ « habiter les ruines », de faire d’elles usage, et délaisser l’histoire « au chemin tout tracé » qu’oriente une illusoire direction. C’est plutôt à « une suite de traces de pas dans la neige, sans origine et sans destination bien définies, pouvant s’effacer ou reprendre à tout moment », autrement dit une errance, qu’il nous invite. S’y déploie, s’y diffuse, un communisme « sauvage » qu’il faudrait « ne pas construire ». A l’heure des plus grossières stratégies électorales, la proposition forcément dénote, mais exhibe sa parfaite contemporanéité, car « celui qui appartient véritablement à son temps, le vrai contemporain, est celui qui ne coïncide pas parfaitement avec lui ni n’adhère à ses prétentions, et se définit, en ce sens, comme inactuel ». Ce communisme sans programme et sans prétention, ce communisme inactuel, dégondant…

La suite est à lire sur: lundi.am
Auteur: dev

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