Dans sa livraison du mois d’août 2025, le Monde Diplomatique a fait paraître, sous la plume d’Evgeny Morozov, une critique mordante de la notion de « techno-féodalisme »[1], proposée par l’économiste Cédric Durand. Cette critique vient d’ailleurs d’être prolongée par Frédéric Lordon, qui craint notamment que l’hypothèse d’une nouvelle configuration « techno-féodale » du capitalisme ait pour effet d’esquiver la nécessaire rupture, non avec telle ou telle configuration du capitalisme, mais avec le capitalisme en tant que tel.
Dans cet article, Cédric Durand répond aux critiques de E. Morozov – et en partie à celles de F. Lordon – en revenant notamment sur la dynamique macroéconomique actuelle du capitalisme et sur les formes nouvelles prises par le capitalisme, sous la férule de la Big Tech, que la notion de « techno-féodalisme » permettrait selon lui de penser.
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Comprendre les ressorts et les implications de l’emprise croissante du numérique constitue à l’évidence une urgence et, à ce titre, il faut saluer la discussion menée par Morozov et les éléments qu’il apporte au débat. Le cœur de son argument comporte cependant, à mes yeux, trois grandes faiblesses que je voudrais brièvement exposer dans ce texte[2].
Tout d’abord, l’approche de Morozov souffre de myopie. La focalisation sur les entreprises de la Tech sans interroger leur impact macroéconomique tend à occulter les dynamiques systémiques auxquelles contribue le développement de ce secteur. Il me semble ensuite que sa compréhension de la compétition capitaliste est tronquée. En ne prenant la dynamique concurrentielle dans la Tech que sous l’angle de « la destruction créatrice portée à son paroxysme », il écarte tout questionnement sur la dialectique entre concurrence et monopolisation si centrale dans la conception de Marx du devenir du mode de production capitaliste, ce qu’il appelle à la fin du…
Auteur: redaction

