On peut encore gagner des années d’espérance de vie en Europe : les régions pionnières en matière de longévité en apportent la preuve, année après année. Pourtant, depuis le milieu des années 2000, tandis que certaines régions avancent, d’autres décrochent. Dans ces dernières, l’allongement de l’espérance de vie est freiné par une mortalité autour de 65 ans qui ne recule plus, voire réaugmente.
Depuis plus d’un siècle et demi, l’espérance de vie progresse régulièrement dans les pays riches. Les gains ont été spectaculaires au XXe siècle, grâce au recul des maladies infectieuses puis aux progrès de la médecine cardiovasculaire.
Cependant, depuis quelques années, une question obsède les experts : et si cette formidable mécanique s’essoufflait ? Dans plusieurs pays occidentaux, les gains d’espérance de vie sont devenus modestes, voire inexistants.
Certains chercheurs y voient le signe que nous approchons d’un « plafond » biologique de la longévité humaine. D’autres, au contraire, estiment que des marges de progression existent encore.
Pour trancher, il ne suffit pas de regarder les chiffres nationaux. En effet, derrière la moyenne d’un pays se cachent des réalités régionales très contrastées. C’est ce que nous avons montré dans une étude tout juste publiée dans Nature Communications. Analysant des données collectées entre 1992 et 2019, elle a porté sur 450 régions d’Europe occidentale regroupant près de 400 millions d’habitants.
Une étude européenne d’une ampleur inédite
Pour mener à bien nos travaux, nous avons rassemblé des données de mortalité et de population en provenance d’instituts statistiques nationaux de 13 pays d’Europe occidentale, de l’Espagne au Danemark, du Portugal à la Suisse.
À partir de ces données originales, nous avons d’abord mené un large travail d’harmonisation, crucial parce que les régions ne sont pas toutes de…
Auteur: Florian Bonnet, Démographe et économiste, spécialiste des inégalités territoriales, Ined (Institut national d’études démographiques)

