« Parangon d’un humanisme abstrait », « aussi vague qu’ostentatoire », Albert Camus semble faire l’unanimité. Pourtant, ses contradictions, « force motrice » de son oeuvre, sont rarement étudiées. Professeur associé à l’Université de Caroline du Nord, Olivier Gloag propose une relecture de ses textes pour mettre en lumière son « attachement viscéral » au colonialisme, et analyse ses relations avec Jean-Paul Sartre, à qui ses textes semblent souvent répondre.
Dès Noces à Tipasa, il développe sa théorie du bonheur, « moments fugaces en communion intense avec la nature » mais aussi en lien avec l’émancipation sociale, puisque les grèves et les occupations d’usines de mai-juin 1936 servent de toile de fond à son récit. Pourtant dans un éditorial à Alger républicain, il regrette que l’augmentation de 60 % des salaires des Algériens ne soit pas appliquée à ceux des pieds-noirs, sans rappeler que ceux-ci gagnent nettement plus. « Il veut maintenir l’inégalité entre colonisés et colons, et s’offusque qu’elle ne soit pas respectée. » « Camus défend les acquis des grèves de 36 et l’ordre colonial. Camus est double. »
Olivier Gloag revient tout d’abord sur l’histoire de la colonisation de l’Algérie depuis 1830 et sur l’opposition systématique des Français d’Algérie à l’égalité des droits de citoyenneté pour les Algériens : « L’antisémitisme et le racisme antimusulman sont la marque de fabrique de l’Algérie française jusqu’à sa disparition, en 1962. » Par exemple, l’ancien gouverneur Maurice Viollette déposa en juillet 1931 une proposition de loi qui abolissait le Code indigène et permettait l’obtention de la citoyenneté française à une minorité – moins de 3 % – d’hommes algériens. Face à cette menace, la quasi-totalité des maires d’Algérie française menacent de démissionner : elle ne sera même pas examiné. Albert Camus…
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Auteur: dev

