En 2025, Oui de Nadav Lapid s’est imposé comme l’un des films les plus célébrés de l’année. Présenté à la Quinzaine des Cinéastes, largement salué par la presse française et internationale, relayé par les instances ordinaires de consécration du cinéma d’auteur, il a aussitôt été installé dans la catégorie des œuvres que l’on dit « nécessaires ».
Introduction : L’ immunité par exhibition
On y a loué la violence du geste, l’énergie du montage, la fièvre du récit, la hardiesse d’un cinéma supposé affronter son temps sans détour. Les qualificatifs reviennent avec insistance, œuvre « convulsive », « fiévreuse », « impactante », portée, dit-on, par « l’incroyable vigueur du montage » et « l’audace percutante des partis pris narratifs ». La cinéaste Justine Triet s’est publiquement enthousiasmée, allant jusqu’à comparer Lapid à Godard. Ce phénomène importe moins ici pour ce qu’il dirait de la qualité du film que pour ce qu’il révèle d’un certain regard critique. Car un tel accord, autour d’un film présenté comme radical, oblige moins à ratifier l’évidence de son importance qu’à interroger les conditions qui rendent une telle reconnaissance possible.
Le succès de Oui n’a rien d’énigmatique. Il est au contraire strictement cohérent avec les attentes de certains espaces artistiques et culturels contemporains, qui valorisent la négativité lorsqu’elle demeure compatible avec les formes dominantes de la reconnaissance. Le film ne détonne pas dans les circuits qui l’ont consacré. Il en accomplit au contraire plusieurs exigences implicites. Il donne, nous le verrons, tous les signes extérieurs de la violence critique, exhibe l’abjection, met en scène la compromission, traverse la honte, mais sans jamais déplacer réellement le point d’énonciation qui commande son regard. Il montre beaucoup, et c’est précisément cette exhibition qui le…
Auteur: dev

