Oui / Nadav Lapid / 2 h 29 / Sortie : 17 septembre.
Nadav Lapid, cinéaste énervé, dégoûté, en rupture avec son pays. On l’avait déjà constaté avec son film précédent, Le genou d’Ahed (2021), charge grinçante contre l’autoritarisme gagnant déjà alors Israël. Les choses sont loin de s’être arrangées, comme l’on sait. Oui est la réponse artistique du cinéaste à la déflagration qui s’est produite à partir des massacres du 7-0ctobre et de la guerre israélienne d’anéantissement menée ensuite contre Gaza. Un maëlstrom cinématographique qui fait tout trembler sur son passage, remue ciel et terre, conteste les logiques admises, et s’insurge contre cet assentiment que Nadav Lapid a choisi pour titre (au lieu du refus du réfractaire, plus attendu) : « oui », mais à quoi ?
Le protagoniste, Y (Ariel Bronx) – même initiale que le héros du genou d’Ahed –, pianiste précaire, et sa femme, Jasmine (Efrat Dor), danseuse, animent des soirées privées. Ils s’entendent à merveille, vivent en musique chez eux, élèvent leur bébé dans l’allégresse. Pour dire à quel point Y vit en apesanteur, cette scène au hasard : il navigue en bicyclette dans les rues (sans doute de Tel Aviv) avec son enfant à qui il souffle à chaque fois qu’ils croisent quelqu’un : « un vieillard bon », « un étudiant bon », « une dame bonne », et ainsi de suite…
Totale abstraction
En même temps, toute l’esthétique du film dénonce l’inconséquence de son personnage. Par la musique tonitruante et entêtante, qui renvoient ses danses joyeuses à des transes de junkie. Surtout par les mouvements saccadés de la caméra, qui n’ont rien d’anarchique, mais prennent l’allure de coups de pinceau, le tout produisant une image…
Auteur: Christophe Kantcheff

