Avignon (Vaucluse), reportage
Des gribouillis d’enfants couvrent un pan de la pièce exiguë. Ici, à l’effigie de Lilo et Stitch. Là, aux mille couleurs de l’arc-en-ciel. « Ça… c’est le dossier d’une maman dont le fils est décédé à peine sa quarantaine fêtée. » L’assistante sociale, Julie Bart, extirpe d’une grande armoire une pile de documents épais comme un roman de Tolkien, et en tire une feuille A4. Noir sur blanc y est détaillée une liste de cancérogènes. Des agents invisibles auxquels le défunt a été exposé au fil de sa carrière. Une carrière d’intérimaire — tantôt aux fourneaux d’un snack tantôt comme ouvrier BTP ou saisonnier agricole — brutalement stoppée par une hémopathie fatale.
Depuis 2017, à Avignon, un groupe de recherche — composé entre autres d’hématologues, sociologues du travail, enquêteurs et informaticiens — tente de braquer les projecteurs sur un continent inexploré : les cancers d’origine professionnelle. Baptisée Giscope 84, cette équipe procède au recrutement systématique des patients atteints d’un lymphome non hodgkinien ou d’un myélome multiple — deux formes de cancers du sang — du service d’oncologie de l’hôpital de la ville. Objectif : identifier et caractériser les expositions aux cancérogènes subies par ces malades au cours de leur carrière.
La première étape consiste en un entretien biographique. La chronologie précise des postes occupés est reconstituée, emplois saisonniers, intérim et travail non déclaré compris. Entre alors en jeu un comité d’experts pluridisciplinaire, comptant dans ses rangs des toxicologues industriels, des chimistes, des ergonomes et des médecins du travail. Leur rôle ? Établir la fameuse liste des agents cancérogènes avec lesquels a été en contact le patient en…
Auteur: Emmanuel Clévenot

