C’est une vérité aussi simple que sordide : il serait techniquement tout à fait possible de limiter le réchauffement climatique sous la barre de 1,5 °C et d’éviter ainsi des atrocités et souffrances décuplées dans les décennies à venir. Mais nous ne le faisons pas. Pour préserver les intérêts du capital.
Dit autrement, le capitalisme est fondamentalement incompatible avec la préservation d’un climat viable pour l’être humain. Le constat n’est pas nouveau mais il fait l’objet d’une démonstration limpide, sous un angle original, dans un nouvel essai, Overshoot — Résister à l’idéologie du dépassement (éditions La Fabrique, 2026).
Ses deux auteurs, Andreas Malm, maître de conférences en géographie humaine, et Wim Carton, professeur en sciences de la durabilité, tous deux à l’université de Lund, en Suède, y exposent la manière dont l’industrie fossile, et derrière elle l’ensemble de la classe capitaliste, ont imposé l’idée qu’un dépassement des objectifs climatiques était inéluctable.
« Impératif révolutionnaire »
Ce que l’on appelle dépassement — ou overshoot en anglais — renvoie à l’idée que l’on pourrait sortir temporairement des clous, émettre trop de carbone, dépasser l’objectif de 1,5 °C ou 2 °C de réchauffement mais que cela ne serait pas si grave car on pourrait ensuite faire machine arrière et revenir à un seuil de température viable d’ici 2100.
Comment ? Grâce à des solutions technologiques dont on fait le pari qu’elles seront, un jour, disponibles : élimination technologique du carbone et géoingénierie. Des techniques à l’efficacité hautement spéculative et limitée et aux effets secondaires potentiellement catastrophiques.
Ce narratif s’est pourtant imposé, au point que l’écrasante majorité des scénarios climatiques qui respectent l’objectif de 1,5 °C ou 2 °C en 2100 intègrent aujourd’hui une phase de…
Auteur: Vincent Lucchese

