Comment se préparer au pire ? En renforçant nos liens, répond très simplement le collapsologue et chercheur Pablo Servigne. Tissons chacun un solide réseau, pour qu’il soit notre filet de sécurité en cas de crise. C’est ce qu’il propose dans son dernier ouvrage paru en octobre, Le réseau des tempêtes, manifeste pour une entraide populaire (éd. Les Liens qui libèrent). Alors que l’actualité peut parfois donner l’impression que le sol se dérobe sous nos pieds, Reporterre lui a demandé comment faire face.
Reporterre — Il y a dix ans, quelques mois avant l’Accord de Paris, Reporterre vous interviewait à l’occasion de la sortie du livre qui vous a fait connaître, « Comment tout peut s’effondrer » (coécrit avec Raphaël Stevens, éd. du Seuil). Depuis, il y a eu le Covid-19 et les confinements, la guerre en Ukraine, la réélection de Donald Trump aux États-Unis, des négociations climat qui patinent… De notre point de vue occidental, on se demande parfois si l’effondrement n’a pas déjà commencé ?
Pablo Servigne — Avec les collapsologues, cela fait quinze ans que l’on voit tout cela venir. On ne peut pas avoir la certitude que l’effondrement a déjà commencé. C’est une question pour les historiens du futur. Mais c’est utile de considérer que c’est le cas. C’est le pari du philosophe Jean-Pierre Dupuy avec le catastrophisme éclairé : on va considérer que l’on y est pour avoir une chance de l’éviter ou de l’atténuer. En se mettant dans ce récit, notre manière d’être au monde et d’agir change à la hauteur des enjeux.
Effondrement ou pas, on sent que de nombreuses tempêtes menacent. Quand vous avez écrit votre livre, à quelles tempêtes pensiez-vous ?
C’est une expression très belle de la psychologue Joanna Macy, qui m’a beaucoup influencé. Quand on lui demandait pourquoi, à 85 ans, elle continuait de parcourir le monde, de former des gens pour créer du…
Auteur: Marie Astier

