Verbatim de l’intervention de Taher Labadi au colloque « Criminaliser la libération, discipliner la solidarité » qui s’est tenu à la Sorbonne, le 3 avril 2026.
Nous nous retrouvons dans un moment d’une gravité particulière.
La Palestine demeure le lieu d’une violence extrême, continue.
L’attention, pourtant, s’est en partie déplacée vers ce qui se joue aussi en Iran, au Liban, et dans une guerre qui s’étend désormais à l’ensemble de la région – une guerre qui est peut-être en train de bousculer l’ordre du monde.
Et la destruction des vies se poursuit.
La violence se cache moins que jamais.
Elle se donne à voir, frontalement, dans une forme d’impunité assumée – comme pour mieux s’imposer, et écraser.
C’est dans ce contexte que se pose – avec une acuité renouvelée – une exigence : nommer, comprendre, se positionner.
Car ce qui se joue aujourd’hui en Palestine – et, dans une partie plus large de cette région – ne relève pas seulement de la destruction physique et matérielle, aussi massive et terrible soit-elle.
Il s’agit aussi d’un processus d’effacement.
Effacement de vies, de corps, de familles, de lieux, de paysages sociaux. Effacement aussi des traces, des archives, et des conditions mêmes qui permettent d’en rendre compte.
Et c’est cela qu’il faut dire d’emblée.
Dans les situations de violence coloniale poussées à leur point extrême, ce ne sont pas seulement les existences qui sont visées.
C’est la possibilité même de leur donner sens – de les inscrire dans une histoire, de les transmettre, de les rendre intelligibles.
Ainsi, les savoirs eux-mêmes sont pris pour cible.
Les universités sont bombardées.
Les écoles sont détruites.
Les enseignants, les chercheurs, les étudiants sont tués, déplacés, empêchés. Les bibliothèques, les archives, les laboratoires – tous ces lieux où se transmettent et s’élaborent des formes de connaissance – sont…
Auteur: dev

