Scène surréaliste : le 26 avril, aux portes de Sciences Po, un journaliste de France 24 recueille les revendications d’un étudiant pendant plusieurs minutes d’affilée, sans interruptions ni invectives. Les étudiants se mobilisent pour un cessez-le-feu immédiat dans les territoires palestiniens occupés, dénoncent l’apartheid et la colonisation de l’État israélien ; ils réclament un positionnement public de leur direction – laquelle avait pris position le 7 octobre, comme à l’occasion d’autres conflits internationaux – mais aussi que des débats puissent s’organiser au sein de l’école ; ils exigent l’arrêt des partenariats de Sciences Po avec les institutions et les universités israéliennes qui collaborent avec le gouvernement et l’armée ; ils demandent, enfin, que la direction cesse les procédures disciplinaires à l’encontre des étudiants engagés en soutien du peuple palestinien.
À l’issue de ce reportage, le téléspectateur est informé des revendications des étudiants. Libre à lui de se faire une opinion sur la légitimité de leur mobilisation, son utilité, sa portée politique, etc. Pourtant, et alors même que Sciences Po a occupé le haut de l’agenda médiatique pendant plusieurs jours, ce travail journalistique élémentaire a fait figure d’exception. En dehors de quelques titres dans la presse quotidienne, les journalistes ont abdiqué leur mission de rendre compte de ce que ces étudiants faisaient, disaient ou réclamaient. Au lieu de ça, les chefferies médiatiques ont opté pour l’éditorialisation et le parti pris à outrance. Dans un contexte et sur un sujet où les médias dominants se font depuis sept mois les relais serviles, pour ne pas dire des soutiens actifs du durcissement autoritaire de l’État comme de la droitisation du débat public, le bruit médiatique fut celui d’un procès à charge contre les étudiants.
Bien sûr, les médias dominants empruntent ici à la feuille…
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Auteur: Pauline Perrenot

