Cet article de Samera Esmeir propose une analyse du régime de colonialité qui enserre et déshumanise l’être palestinien, à partir d’une réflexion politico-philosophique particulièrement stimulante prenant pour objets la figure du « civil » et la notion de « normalité civilisée ». Il est paru initialement en anglais sur le site de la revue égyptienne Mada Masr.
***
La terre se referme sur les Palestinien-nes de Gaza. À l’heure où j’écris ces lignes, Israël continue de bombarder plus de deux millions de Palestinien.ne.s, réfugié.e.s et descendant.e.s de réfugiés, confiné.e.s dans la bande de Gaza assiégée, qui mesure à peine 365 km². Plus de 300 000 soldat-es israélien-nes se préparent à une invasion terrestre. Israël a également ordonné à 1,1 million de Palestiniens de se déplacer du nord au sud de la bande de Gaza, et des efforts diplomatiques internationaux visant à expulser les Palestinien.ne.s de Gaza hors de Palestine – c’est-à-dire à opérer un nettoyage ethnique à Gaza – sont en cours. Pendant ce temps, la destruction aérienne s’intensifie : dévastation, épaves, corps sous et au-dessus des décombres. Il n’y a nulle part où s’échapper. La bande est trop petite, trop dévastée, déjà invivable.
Effacer les Palestinien-nes
En prévision de leur mort, certains Palestinien.ne.s de Gaza publient sur les réseaux sociaux leurs demandes de pardon au cas où ils auraient fait du tort à quelqu’un. Si nous pensions qu’il existait une limite empirique à l’étendue de la destruction israélienne de Gaza, en raison des contraintes d’une stratégie militaire, nous pouvons constater qu’une telle limite n’existe pas. Lorsque nous entendons « J’ai ordonné un siège complet de la bande de Gaza. Il n’y aura pas d’électricité, pas de nourriture, pas de carburant. Tout est fermé. Nous combattons des animaux humains et nous agissons en conséquence », il ne…
La suite est à lire sur: www.contretemps.eu
Auteur: redaction

