Palestine : qui parle ? 

Il est gênant de constater, aujourd’hui comme hier, que la question palestinienne n’est pas saisie par tous à la même vitesse. D’un côté, nous, Palestiniens, sentons bien qu’une reconnaissance est attendue de notre part, maintenant que nous ne sommes enfin plus les seuls à évoquer l’horreur sur nos territoires. Maintenant que des artistes, des footballeurs, des stars, nous portent leur soutien. De l’autre, ceux qui détournaient hier le regard s’emparent de la cause palestinienne avec un succès si déroutant qu’on se sent quelque part comme Cassandre. On a prédit le piège dans le cheval de Troie mais personne ne nous a écoutés. Et maintenant on écoute, seulement on ne nous écoute pas nous, on écoute d’autres dire ce qu’on disait. Et on applaudit. 

Qu’on nous comprenne bien : personne ne refuse le soutien. Mais il existe une manière d’être soutenu qui ressemble à une dépossession. Quand la solidarité s’exprime à notre place, elle nous laisse entendre que notre voix seule ne suffisait pas ; qu’il fallait un relais, un visage connu, une caution venue d’ailleurs pour que l’on consente enfin à tendre l’oreille. Nous voilà devenus les bénéficiaires d’un combat qui est pourtant le nôtre, invités à remercier là où nous aurions voulu être lus. Le paradoxe est là : nous nous réjouissons que les mots circulent, tout en constatant qu’ils semblent devoir changer de porte-voix pour être entendus. Il ne s’agit pas de revendiquer un monopole sur la souffrance ou sur son interprétation, mais de rappeler qu’une solidarité digne de ce nom devrait élargir l’espace de notre parole, non s’y substituer. Ce n’est pas récent, bien sûr. Combien de Palestiniens ont prononcé le mot «  génocide » avant qu’on ne l’emploie aujourd’hui ? Combien ont évoqué bien avant cela l’apartheid, la colonisation, la Nakba ? Combien ont répété et répété ces termes…

La suite est à lire sur: www.acrimed.org
Auteur: Jadd Hilal