Unité devant les caméras, soupçons en coulisses. Les révélations de Mediapart sur des écrits antisémites et complotistes attribués à Jordan Bardella mettent le RN sous pression. À sept mois de la présidentielle, elles bousculent le récit d’un parti débarrassé de son héritage.
Publiée le 28 septembre, l’enquête repose sur des échanges privés datant des débuts de Bardella au Front national, que Mediapart affirme avoir authentifiés. Le président du RN dénonce des « faux grossiers » et annonce une plainte en diffamation. Marine Le Pen lui apporte son soutien. La riposte consiste à présenter les révélations comme une opération de déstabilisation politique.
Dans cette bataille, L’Infiltré, nouvelle publication issue de Frontières et liée à la sphère Bolloré, a promis de dévoiler une « taupe » interne au RN. Celle-ci était accusée d’alimenter Libération sur les tensions du parti et le train de vie de Bardella. Puis le 29 septembre, le journal a renoncé, expliquant ne pas vouloir nourrir l’offensive de la presse de gauche.
Ce rétropédalage éclaire une conception singulière de l’investigation : promettre une révélation, puis la retenir au nom des intérêts du camp qu’elle pourrait embarrasser. La chasse aux sources déplace aussi le débat. Au lieu de discuter du contenu des enquêtes, l’attention se concentre sur l’identité de ceux qui parlent aux journalistes.
L’hypothèse d’un règlement de comptes interne reste à démontrer. Mais l’histoire du FN devenu RN est jalonnée de ruptures : Bruno Mégret, Jean-Marie Le Pen, Florian Philippot… La conquête du pouvoir n’a jamais effacé les rivalités pour le contrôle du parti.
Pour Bardella, l’enjeu dépasse donc la défense de son image. Celui qui incarne le renouvellement du RN se retrouve au cœur d’une affaire qui interroge sa « dédiabolisation ». Derrière les sourires et les appels à faire bloc, une question…
Auteur: Le Média
