C’est parfois dans le diable que se nichent les détails carbonés. Alors que la France prétend aligner ses financements publics sur ses engagements climatiques, l’État continue de garantir des milliards d’euros de financements destinés à… des paquebots et des avions.
La banque d’investissement Bpifrance Assurance Export (BPI AE), qui agit « au nom, pour le compte et sous le contrôle de l’État », soutient les exportations françaises en prenant en charge une partie du risque supporté par les banques ou les acheteurs. Autrement dit, la puissance publique sécurise des transactions jugées trop grosses ou trop risquées par le marché. De l’industrie décarbonée ? Oui. Mais aussi des paquebots au fioul et des avions au kérosène.
Des paquebots dispensés d’analyse environnementale
Plus étonnant encore : plusieurs gigantesques paquebots semblent dispensés d’analyse environnementale et sociale, précisément « compte tenu de l’objet du contrat ». Le cas le plus spectaculaire est celui des Chantiers de l’Atlantique, à Saint-Nazaire (Loire-Atlantique). En 2025, plusieurs navires de croisière ont bénéficié de garanties publiques : 848 millions d’euros pour l’un, puis 1,667 milliard, 1,240 milliard et 1,290 milliard pour trois autres. Début 2026, Bpifrance garantit encore 912 millions d’euros pour le navire RCCL Edge 6. Au total, plus de 6 milliards d’euros liés à six paquebots.
L’aéronautique est l’autre gros morceau. BPI AE indique avoir garanti en 2025 le financement d’un A321neo, de deux A350-900, d’un ATR 72-600 — des avions de ligne et de court courrier — et d’un Falcon 6X — un modèle de jet privé. Au deuxième trimestre 2026, deux ATR 72-600 et un Falcon 2000LXS sont encore couverts. Les montants ne sont pas publiés.
Tout le portefeuille n’est évidemment pas carboné : on y trouve aussi du ferroviaire électrique, des infrastructures d’eau et de santé….
Auteur: Laure Noualhat
