Parabole de la Chute du monde

Sur une plage autour d’un feu, l’anti-parlement de l’anti-monde s’était rassemblé. On parlait tous en même temps, on chantait le bleu d’étoiles pas mortes, on louait au hasard les noms et le mystère des événements qui toujours arrivent. On cherchait les phrases comme des énigmes à inventer. On était persuadé que la révolution, comme il est dit de la Révélation dans le Livre, est d’abord un phénomène acoustique.

L’un, le plus naïf et le plus pur, proposa qu’on se crève les yeux pour se sauver – car qui ne voit plus, songeait-il, entend à nouveau le bruit du monde. L’hypothèse était moins fantasque qu’elle semblait. Elle fut examinée par une commission qu’on avait créée à cet effet. Malheureusement, il ressortit de ses travaux que la solution proposée était sans secours. On était déjà aveugle et l’on ne pouvait plus ne plus voir. Même les yeux crevés, on aurait continué de voir. Et pourtant, on ne voyait pas plus qu’on n’entendait, car on ne voyait que par l’entremise du texte. On ne voyait que ce qu’on lisait, on voyait en phrases, on ne voyait que ce que les phrases nous disaient de voir. On ne savait plus voir. Le mal était profond. Il ne touchait pas seulement ceux qui étaient portés à l’étude des livres. Certes, il est possible que quelques anciens analphabètes en fussent épargnés, mais la masse de ceux qu’on désigne communément, comme une injure, du nom d’analphabète, était au contraire, et cela d’autant plus qu’elle l’ignorait, la plus évidente victime. C’était ce nœud compliqué qui enserrait l’existence civilisée, bien au-delà de ceux qui semblaient s’y ajuster naturellement au point d’en faire leur dignité.
Cependant, le travail de la commission était loin d’avoir été inutile. Sa conclusion se fondait sur une découverte de grande portée qui permettait de relire, si…

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Auteur: dev