Quels sont les impacts de la suppression d’un impôt au-delà des personnes et des agents économiques concernés ? Les Suédois ont aboli l’impôt sur la fortune en 2007. Ce faisant, c’est toute la vision de la société partagée jusque-là qui pourrait avoir été ébranlée. Car la fiscalité n’est pas qu’une affaire économique. Elle a aussi un rôle social, voire individuel.
Pendant une grande partie du XXe siècle, la Suède jouissait à juste titre de la réputation d’être l’un des pays les plus égalitaires d’Europe. Pourtant, au cours des deux dernières décennies, elle s’est transformée en ce que le journaliste et auteur Andreas Cervenka qualifie de « paradis pour les super-riches ».
Aujourd’hui, la Suède affiche l’un des ratios de milliardaires en dollars les plus élevés au monde et abrite de nombreuses start-up « licornes », valorisées à au moins un milliard de dollars américains (850 millions d’euros), dont la plateforme de paiement Klarna et le service de streaming audio Spotify
La suppression de l’impôt sur la fortune (förmögenhetsskatten) il y a vingt ans s’inscrit pleinement dans cette évolution, tout comme, la même année, l’instauration de généreuses déductions fiscales pour les travaux domestiques et la rénovation des logements. Vingt ans plus tard, le nombre de foyers suédois qui emploient du personnel de ménage est devenu l’un des signes révélateurs d’un pays de plus en plus fracturé socialement.
Dans le cadre de mes recherches anthropologiques sur les relations sociales que produisent les différents systèmes fiscaux, j’ai travaillé avec des retraités dans les banlieues sud de la capitale suédoise, Stockholm, afin de comprendre comment ils perçoivent la baisse du niveau de taxation au cours de leurs dernières années de vie.
Cette évolution s’est accompagnée d’un recul progressif de l’État-providence. Beaucoup des personnes que j’ai interrogées…
Auteur: Miranda Sheild Johansson, Senior Research Fellow in Social Anthropology, UCL

