« Les Jeux, je m’en fiche, en vrai ! » « Tu rigoles ? On a vu de la boxe, du tennis, du pentathlon… Je ne sais pas ce qu’il te faut ! » « C’est l’ambiance qui compte, l’exaltation, pas les sports ou les performances ! » Dans la file qui n’en finit pas de s’entortiller devant la fan zone de l’Hôtel de Ville, l’échange entre Rémy et Samuel, débardeurs noirs et tatouages assortis, résume à lui seul le paradoxe de ces olympiades : peu importe si on s’en fiche ou non, on peut les adorer.
Lentement, au fil des médailles et des compétitions exaltées, une certaine indifférence — voire une hostilité argumentée — s’est muée en intérêt, curiosité, voire frénésie. Même l’autrice de ses lignes — qui n’est pas la moitié d’une grincheuse — s’est vue ferrée par une certaine ferveur olympique. Non pas dans les tribunes d’un Paris expurgé de ses SDF et truffé de policiers à tous les coins de rue, ni au sein d’arènes fiévreuses, mais plutôt nonchalamment calée sur sa méridienne, face à des sauts en longueur et des 400 mètres haies.
Depuis quelques jours, les médias redoublent de qualificatifs extatiques. Les fan zones sont bourrées à craquer, les touristes jubilent, les stades et autres théâtres sportifs résonnent d’une liesse inouïe, les audiences de France Télé explosent tous les records, avec 22 millions de Français devant leur poste lors de la cérémonie d’ouverture… La France et les Français seraient au diapason de ces Jeux olympiques.
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De quoi tout cet enchantement est-il le nom ? Pour Alain Caillé, sociologue et directeur de la revue du Mouvement anti-utilitariste en sciences sociales (Mauss), cette ferveur, voire cette jubilation, ne se comprennent que si l’on saisit la joie qu’il y a à sortir de l’utilitarisme. « Nous sommes là pour le plaisir pur de participer au mouvement de…
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Auteur: Laure Noualhat

