Se glisser dans une boite qui roule et s’endormir, pour se réveiller 1 000 km plus à l’est. Ce 10 décembre à la nuit tombée, 200 à 300 passagers se sont engouffrés en gare de l’Est, à Paris, pressés par un mélange de fébrilité et d’excitation, pour disparaître dans un des 12 wagons couchettes Nightjet de la compagnie autrichienne ÖBB.
C’est l’un des derniers voyages de la ligne NJ469. La liaison de nuit entre Paris, Berlin et Vienne, qui constituaient les deux uniques lignes couchettes internationales de la France, a pris fin le 12 décembre après la perte d’une subvention française de 5,5 millions d’euros. Le trio SNCF-ÖBB-Deutsche Bahn, en partenariat sur cette ligne, a jeté l’éponge, malgré un taux d’occupation élevé (70 % en 2024) et 90 000 voyageurs en 2025.
À bord, chacun se constitue un petit confort confiné. Certains wagons, datant des années 1960, ont été rafraîchis par d’importants travaux de rénovation, la moquette rouge au poil court et rêche semble récente, les matelas sont fermes, mais le format couchette reste exigu, avec des lits d’environ 1,80 m, des couvertures fines et des oreillers minuscules.
« Un côté très poétique »
19 h 12, la machine s’ébranle tout doucement et accélère progressivement. Le noir plonge les voyageurs dans une dimension à part. Hors de la verticalité de l’avion qui fend le ciel. Hors de l’horizontalité du sol qui défile sous les phares des voitures. Le seul lien avec le monde extérieur qui subsiste, c’est le bruit du fer qui roule sur du fer.
Myriam s’est retirée de son compartiment pour grignoter un sandwich, debout dans le couloir. Tranquille, avec ses pensées. « Le mouvement, le bruit… J’aime voyager la nuit, il y a un côté très poétique ! » dit-elle en souriant.
Ses motivations ? L’écologie, évidemment, comme la totalité des passagers croisés cette nuit-là. Mais aussi un certain plaisir de la…
Auteur: Erwan Manac’h

