Villeurbanne (Rhône), reportage
Leyna n’avait jamais fait de voyage à vélo. Pour tout dire, la jeune femme n’était pas non plus une cycliste aguerrie. Quand son ami Emré lui a proposé un Paris-Marseille à bicyclette en dormant sous tente tout en rencontrant des paysans au fil du périple, elle a tout de même dit oui. « Ça semblait drôle et intéressant », sourit l’étudiante en langues appliquées anglais-russe à Strasbourg. Elle a pris la route le 12 juillet, aux côtés d’une dizaine d’autres jeunes de Saint-Ouen-sur-Seine, Marseille et Les Mureaux pour rouler 800 kilomètres à travers la France. Un voyage piloté par l’association Banlieues climat, qui sensibilise les jeunes des quartiers populaires au changement climatique et aux alternatives pour y faire face.
Trois jours après son départ de Saint-Ouen-sur-Seine, en Seine-Saint-Denis, l’équipée a marqué l’arrêt dans le quartier des Brosses, à Villeurbanne en périphérie lyonnaise. Les visages sont fatigués, mais le moral est joyeux. Les cyclistes ont passé la matinée à discuter circuits courts et alimentation chez un maraîcher bio en Saône-et-Loire, puis pédalé sous la pluie et le vent toute l’après-midi. Ce soir, c’est ciné-débat sur l’agriculture avec les jeunes du quartier, après le visionnage du documentaire Douce France, qui retrace l’enquête d’une poignée de lycéens sur le projet du mégacomplexe Europacity.
Aymen, à l’énergie débordante, lance à la cantonade : « Les jeunes des Brosses, est-ce que le climat vous intéresse ? » Un tiède « non » lui répond. « Et une formation de huit heures sur le climat, ça vous intéresse ? » Nouvelle négation molle. Et pourtant.
À la fin du film, les questions fusent vers Anthony, maraîcher lyonnais venu expliquer les ressorts de son métier. « J’ai toujours rêvé d’avoir une ferme, mais je croyais qu’il fallait forcément avoir des parents paysans pour entrer…
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Auteur: Moran Kerinec

