Avant sa fermeture pour cinq ans de travaux, c’est à une véritable autocritique que se livre le Centre Pompidou avec l’exposition Paris noir. Circulations artistiques et luttes anticoloniales (1950-2000). En consacrant l’intégralité de sa Galerie 1 aux œuvres d’environ 150 artistes africains et afro-descendants ayant vécu dans la capitale ou y ayant travaillé plus ponctuellement dès les lendemains de la Seconde Guerre mondiale, le musée révèle en effet tout un pan de l’histoire de l’art qu’il avait jusque-là ignoré. Il est très loin d’être le seul à avoir fait preuve de ce manquement.
Aux États-Unis et en Grande-Bretagne la place des artistes noirs dans la modernité artistique fait depuis longtemps l’objet de recherches et d’expositions.
A. Lafont
« Alors qu’aux États-Unis et en Grande-Bretagne la place des artistes noirs dans la modernité artistique fait depuis longtemps l’objet de recherches et d’expositions, aucune institution française ne s’était jusque-là saisie de la question autrement que sous la forme de quelques monographies. Wifredo Lam, Ousmane Sow, Faith Ringgold, Hervé Télémaque, Sarah Maldoror ou encore Ousmane Sembène, par exemple, ont eu les leurs », nous explique Anne Lafont, historienne de l’art et directrice d’études à l’EHESS.
Pour cette chercheuse qui réfléchit notamment aux questions historiographiques liées à la notion d’art africain, l’exposition est donc un événement majeur. Sur le plan culturel, mais aussi patrimonial et politique, ce Paris noir enclenche un grand et nécessaire rattrapage.
Comme l’on pouvait s’y attendre après « quarante ans d’expositions qui n’ont pas eu lieu », selon l’expression d’Anne Lafont, Paris noir offre un paysage des plus denses. Le visiteur se voit toutefois rassuré par quelques figures et événements qui ont réussi à se faire une place…
Auteur: Anaïs Heluin

