Parler de l’antisémitisme, oui, mais peut-être pas avec n’importe qui

La guerre médiatico-politique en défense d’Israël a ses fantassins. Le journaliste Guillaume Erner n’est pas le moins acharné. Récemment, le matinalier de France Culture a défouraillé deux fois. Et deux fois, il a certes manqué sa cible, mais il n’y a que l’intention qui compte. Le 23 juin, il a tenté grossièrement d’entraîner l’historien Patrick Boucheron sur le terrain d’une critique d’un antisémitisme propalestinien, alors que son invité était venu parler de la panthéonisation de Marc Bloch. Las, devant l’insistance du journaliste-militant, Boucheron a fini par avoir cette réplique cinglante : « On vous laisse parler tout seul. » Immédiatement, la cohorte habituelle des pétitionnaires indignés s’est mobilisée pour dénoncer l’historien qui « ne veut pas parler » de l’antisémitisme (1). Les invités de Guillaume Erner doivent dorénavant savoir à quoi s’en tenir : à tout moment, et quel que soit le sujet, ils peuvent être sommés de parler d’antisémitisme, l’arme fatale du gouvernement Netanyahou.

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Le texte publié par Marianne le 29 juin porte entre autres la signature de Nathalie Heinich, sociologue, Élisabeth Badinter, philosophe, et Pierre-André Taguieff, directeur de recherche honoraire au CNRS.

Dans la logique pour le coup très suspecte d’Erner, qui dit “tout-puissants financiers” dit “juif”.

Sans doute, Patrick Boucheron a-t-il pressenti qu’il ne s’agissait pas tant de dénoncer l’antisémitisme, ce qu’il a fait à maintes reprises, mais d’instruire en mauvaise compagnie le procès de l’antisionisme, voire des défenseurs des droits des Palestiniens en général. Car il ne pouvait y avoir d’autre postulat à ce détournement impromptu d’interview que la synonymie forcée entre…

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Auteur: Denis Sieffert

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