Les amateurs de voyages organisés raffolent de l’été indien. C’est pour eux l’occasion de goûter un privilège, engranger de belles images. Ils pourront les montrer ensuite à leurs riches voisins, pensent-ils, pour mieux passer l’hiver. Mais le littoral qu’ils arpentent ne l’entend pas de cette oreille.
J’ai toujours vécu entre deux. Bâbord la mer, tribord la terre (ou l’inverse, je ne sais plus, avec ce qui m’arrive). Un pied dans l’eau, un pied au sol, je me demandais s’il fallait laisser passer les vagues, ou laisser pousser les arbres.
C’est comme ça que j’ai évolué au fil des siècles. Tantôt recroquevillé vers un fond de baie armoricaine, tantôt répandu plus largement vers l’océan atlantique. Un coup plutôt confiné, un coup engagé vers l’ailleurs.
Et je vivais cela à mon rythme. Les métamorphoses des traits de mon rivage étaient une lente respiration. Elles semblaient devoir aller ainsi pour l’éternité. En un mot : ma géologie, c’était une sorte d’infini, et j’aimais bien ça.
Mais récemment, j’ai eu affaire à une surprenante montée de la mer, et dû reculer en terre plus vite que d’habitude. J’ai senti que le Gulf Stream avait dévié sa route, et que les eaux qui rognaient mes falaises venaient tout droit de la banquise fondue.
J’ai vu aussi une écume jaunâtre s’échouer sur l’estran – elle était sûrement due aux intrants de la terre, comme les algues vertes dont parle la lumière. Puis la mer a dégorgé une baleine à bosse, une baleine à bec, et moult dauphins sont venus mourir sur les plages.
Autant dire que c’est vraiment bizarre, ce qui se passe en moi depuis quelques temps. J’en passe par toutes les couleurs, et sérieusement, ça a tendance à me perturber. Les changements sont trop brusques, je ne me reconnais pas.
Le plus étrange, c’est que par là-dessus j’ai dû accueillir des immenses blocs blancs, à bâbord. De vrais immeubles…
La suite est à lire sur: lundi.am
Auteur: dev

