Un spectre hante l’Europe, et beaucoup croient reconnaître son ombre. Partout la guerre et le désir d’autorité, disent-ils, partout ceux qui ne jurent que par la loi et l’ordre. Cette vigilance est des plus précieuses, et salutaire. Mais la période requiert de se retenir parfois de crier au loup – supplique d’un animal trop souvent maudit.
Je n’aurais jamais cru devoir rouvrir ma gueule. Vous m’aviez donné tant de raisons de la fermer pour toujours. Chaque fois que ma mâchoire s’écartait, vous disiez aux enfants que c’était source d’horreur.
Sauf à rêver d’une mère romaine, vous ne m’avez jamais envisagé qu’en vice-caché, en essence ennemie – en hybride monstrueux, en grand-mère cannibale. J’étais par vous condamné à la dévoration.
A la longue, soyez en sûrs, j’avais préféré le silence et l’invisible, histoire d’échapper à vos contes sordides. Je m’étais retiré loin de vos délires et chiens de garde. J’y ai même trouvé un temps une forme de liberté.
Pourquoi alors reprendre la parole ? Pourquoi revenir hanter les fantasmes que vous aviez malheureusement créés à mon sujet ? Pourquoi chanter à nouveau, et vous mettre en alerte ? – demandez-vous peut-être.
C’est que la situation m’y oblige, et que je ne me sens pas libre d’avoir à témoigner. Je vous sens en effet opérer une saine critique de la haine des rageux, mais je crains qu’elle pousse à reproduire bientôt ce qui m’avait jadis chassé du paysage.
Je voudrais donc vous raconter une histoire à mon tour, vous parler d’un temps que vous n’avez pas connu, et que vous connaitrez. Je voudrais me rappeler d’un événement sans retour : la Guerre des Moutons.
C’était une époque où les ovins broutaient et bruitaient pour le plaisir de tous, et pour le mien. Ils restaient en groupe pour éviter de s’égarer, risquer d’en mourir. Tous allaient en file indienne, et serpentaient bellement sur la…
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Auteur: dev

