(Suite de la première partie)
3. La perception de la situation par les diplomates étasuniens
Afin de mieux comprendre quelle a été l’attitude de la France vis-à-vis de la Chine et du Japon, il peut être utile de l’observer d’un point de vue extérieur. Celui des États-Unis semble d’autant plus intéressant que ce pays avaient des intérêts considérables en Chine. William Appleman Williams a souligné que, déjà dans les années 1930, l’intérêt des États-Unis pour la Chine remontait à plusieurs décennies, au moins au déclenchement de la guerre sino-japonaise de 1894, lorsque le président des États-Unis Grover Cleveland avait déclaré au Congrès que ce conflit méritait « notre plus sérieuse attention en raison de sa perturbation de nos intérêts commerciaux croissant » ([1959] 1962, 30-31). L’attaque lancée par le Japon contre la Chine le 7 juillet 1937 affecta considérablement les dirigeants nord-américains. Le fait est que, depuis la fin du XIXe siècle, la Chine était apparue comme un « eldorado » de l’expansionnisme économique outre-mer des États-Unis, ce qui conduisit le pays à mettre en œuvre la politique de la « porte ouverte ». Williams (190) a souligné l’importance, en 1937, de la Chine pour les dirigeants étasuniens en ces termes : « l’implication en Chine était bien plus important que l’identification avec n’importe quelle puissance européenne à l’exception de l’Angleterre – et peut-être de la France ».
La diplomatie étasunienne a observé attentivement l’attitude de la France vis-à-vis de la guerre sino-japonaise et particulièrement la politique française en ce qui concerne le transit de matériel de guerre vers la Chine via la frontière indochinoise. Dans un rapport en date du 4 avril 1939, le chargé d’affaires des États-Unis à Paris, Wilson, avait fait un résumé de l’attitude de la France sur la question du transit du matériel de guerre en route vers la Chine depuis le début de la guerre sino-japonaise (USDS 1955, 746) (1). Il distinguait trois périodes. Il commença par rappeler qu’en août 1937 le gouvernement français avait interdit par décret le transport transfrontalier de munitions depuis l’Indochine et d’un certain nombre de biens susceptibles d’être utilisés à des fins militaires, tels que des avions, qui n’avaient pas été commandés avant le début du conflit.
La première période observée par Wilson est celle comprise sous les ministres des Affaires étrangères Delbos et Paul-Boncour, de juillet 1937 à avril…
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Auteur: Alexandre BARTHEL Le grand soir

