Pas de médecins ? Nevers affrète un avion

Un pont aérien pour transporter des médecins : non, il ne s’agit pas d’une opération organisée dans un pays en guerre, mais bien d’une initiative lancée le 26 janvier en France. À Nevers, préfecture de la Nièvre, un avion de la compagnie Fly7 décollera désormais chaque jeudi depuis l’aéroport de Dijon-Longvic pour acheminer chirurgiens, pneumologues ou encore cardiologues vers le centre hospitalier de cette ville de 33 000 habitants.

 

Depuis plusieurs semaines, ce projet lancé par le maire de Nevers, Denis Thuriot (LREM), fait du bruit dans les médias qui lui ont donné le nom de « flying doctors » (en référence au Royal Flying Doctor Service, organisation de secours en Australie qui apporte une aide médicale aux populations isolées du pays). Les édiles des déserts médicaux de France n’ont-ils plus d’autres solutions que d’avoir recours à des avions pour résoudre les difficultés à recruter des soignants sur leur territoire ?

Désert médical

 

C’est ce qu’estime Denis Thuriot : « L’hôpital de Nevers est l’hôpital de France le plus éloigné de son CHU [le centre hospitalier universitaire de Dijon est situé à 190 km]. Les médecins dijonnais ne sont pas contre venir à Nevers, mais clairement le temps pour couvrir la distance est trop long : 2 h 18 en train et près de 3 heures en voiture. C’est un vrai frein. » En avion, le temps de trajet se réduit à 35 min, et l’aéroport se situe à 10 minutes en navette de l’hôpital neversois.

 

Actuellement, face au manque d’effectifs, l’hôpital de Nevers recourt largement aux médecins intérimaires, une vingtaine venant déjà chaque mois du CHU de Dijon, en anesthésie, médecine nucléaire, oncologie… Mais l’établissement est également contraint de faire appel à des vacataires, qui coûtent très cher, jusqu’à 2 000 ou 3 000 euros la vacation de douze heures pour certains. Des « mercenaires », selon les termes employés par M. Thuriot. « Le coût annuel d’un praticien intérimaire, de l’ordre de 200 000 euros chargé, est plus élevé que celui d’un praticien titulaire qui s’établit à hauteur de 175 000 euros par an », notait la Cour des comptes dans un rapport consacré à l’établissement neversois, publié en novembre dernier. Le recours à l’intérim médical coûterait chaque année en moyenne 5,2 millions d’euros à l’établissement.

Le maire a donc fait ses comptes : pour lui, l’acheminement de médecins par avion va permettre de moins recourir à « ces mercenaires » et de faire des économies. Le coût du vol aller-retour, à la charge de l’hôpital, serait de 5 200 euros, soit environ 670 euros par passager, l’avion contenant…

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Auteur: Fabienne Loiseau Reporterre

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