« Au commencement, il y a l’injure », écrit le philosophe Didier Eribon dans ses Réflexions sur la question gay (Fayard, 1999). Pour Alain et Hugo*, ça a débuté en octobre 2024 par un tag sur la porte d’entrée : « Pas de pédés en Vendée ». Puis, une menace, dans un courrier déposé directement dans leur boîte aux lettres deux semaines après : « Pas d’homos en Vendée ni dans nos écoles sinon… » Visiblement bien informé, le corbeau homophobe sait que ce couple résidant dans la petite commune de Lairoux, au sud de La Roche-sur-Yon (Vendée), est composé d’un instituteur et d’un enseignant en lycée. Il a également une idée précise de leurs routines, horaires, et de l’agencement de la maison comme du terrain.
De ça, Hugo et Alain ont été persuadés quand ils ont constaté, dans la matinée du 14 novembre 2024, une intrusion dans leur cour et leur domicile. Des bombes de peintures provenant de l’atelier d’Hugo ont été utilisées pour taguer des façades extérieures. « PD dégagez d’ici », ont-ils notamment pu y lire, comme si les précédents messages n’avaient pas été assez clairs. La violence est encore montée d’un cran, avec le saccage d’une partie de leur propriété : « À l’intérieur, c’était du massacre. La table en verre était cassée, les tableaux jetés par terre, les granulés éventrés au cutter… Ils ont aussi ouvert les robinets d’eau, qu’ils ont laissée couler », décrit Hugo.
Pour l’homme, qui est rentré chez lui à midi, « cela s’est forcément fait juste après notre départ ». Assis à ses côtés autour de leur table à manger, son compagnon Alain poursuit : « Rien n’avait été pris, ça a vraiment été saccagé pour faire du mal. On ne pensait pas qu’une telle chose pouvait arriver. Du jour au lendemain, notre vie a basculé. »
Auteur: Rozenn Le Carboulec

