je suis rouge
je suis ronde
nous sommes ronde
rouges épidermiques électriques
je suis nous sommes
gouttes d’eau qui annoncent
nous sommes
ronde
cercle
de rage
nous sommes
Orage
Il est 00h27, je n’arrive plus à décoller de mon téléphone. Je navigue entre les messages.
Ce soir il se passe quelque chose, enfin.
La phrase d’Audre Lorde, mon mantra de ces derniers mois, s’affiche en grand écran dans ma tête :
le silence ne nous sauvera pas.
J’aimerais tatouer cette certitude sur la montagne, dans le tunnel, contre la paroi de l’aqueduc, sur l’usine hydroélectrique à l’entrée du village. Qu’elle vibre dans nos langues. Qu’elle nous sorte du doute, de la peur, de la loyauté mortifère.
Dans ce texte j’aurais aimé parler en nous, mais je crois qu’il sera plus honnête de parler en je. Même si, il y a plusieurs nous dans ce je.
Il est 00h29 et l’orage a éclaté depuis quelques heures.
Tout est parti d’une publication sur whatsapp.
Dans cette petite contrée où j’habite, dans ce territoire que l’état et son sens de la formule qualifie maintenant d’’hyper rural’, pour insister sur son enclavement, on est assez doué·es pour s’organiser entre nous, à bonne distance physique et sensible « de l’extérieur ». Il y a la contrée et le monde.
Ici pour s’organiser on fonctionne beaucoup avec des groupes whatsapp communs à tous·tes les habitant.es. On se partage les infos culturelles, les plans trocs et récup, les annonces de covoiturage. Ça rend légèrement addict à son tel, mais c’est pratique.
Parfois il arrive que les groupes débordent.
Goutte d’eau fait chavirer le groupe. Contrée heurtée de plein fouet.
La goutte d’eau ce matin c’est D. qui l’a dropée.
D. a mauvaise mine depuis quelques mois. Depuis que de bouche de femme à oreille de femme, il se chuchote qu’il est auteur de violences conjugales. Depuis qu’il se dit que les marques sur le…
La suite est à lire sur: lundi.am
Auteur: dev

