Pétrole / jusqu’au 21 décembre à l’Odéon-Théâtre de l’Europe, dans le cadre du Festival d’automne à Paris / Également du 24 au 27 février à la Comédie de Saint-Étienne, les 20 et 21 mai à la Comédie de Reims et du 3 au 5 juin au Théâtre de Vidy-Lausanne (Suisse).
Lorsque s’élève le panneau de bois dissimulant le plateau aux yeux du spectateur, où s’affiche en lettres blanches « Pier Paolo Pasolini (1922-1975) », on se retrouve dans une peu banale antichambre de la mort. Allongé sur un plateau nu que traverse bientôt une souris noire, un corps inerte gît dans une attitude qui pose d’emblée sa mort comme théâtrale. La posture raide du comédien-macchabée (Sébastien Lefebvre), son allure impeccable, sa façon de tenir entre les mains un appareil photo, et les deux ailes d’avion installées de part et d’autre de ses épaules portent déjà la marque de l’art que défend depuis une dizaine d’années le directeur de la compagnie le Singe, Sylvain Creuzevault.
Dans son immobilité cadavérique, l’acteur qui ouvre Pétrole – d’après le livre éponyme et inachevé de Pier Paolo Pasolini (Gallimard, collection « L’Imaginaire ») – joue déjà au sens où l’entend le metteur en scène. Avec son mélange de tragique et d’étrangeté un peu blagueuse, il est parfaitement « sérieux – pas sérieux », titre de l’excellent livre de « conversation » qui vient de paraître, où Creuzevault s’entretient en profondeur avec le professeur d’histoire et d’esthétique du théâtre Olivier Neveux. Est-ce une reconstitution de la scène de meurtre de Pasolini que nous propose le Singe, cinquante ans après les faits ?
La révélation par une caméra et une voix off du contenu de la valise posée près du corps…
Auteur: Anaïs Heluin

