Patricio Guzmán (1941-2026) et « La bataille du Chili » : un cinéma révolutionnaire

Le 11 septembre 1973, les militaires chiliens renversèrent le gouvernement de l’Unité populaire de Salvador Allende avec le soutien du gouvernement des États-Unis. La dictature militaire du général Augusto Pinochet qui lui succéda assassina ou fit disparaître plus de trois mille personnes et en tortura plus de quarante mille autres.

À l’échelle internationale, aucun cinéaste ne joua un rôle aussi décisif que Patricio Guzmán pour documenter le premier gouvernement socialiste élu dans les Amériques et sa destruction violente, en préserver la mémoire et en renouveler notre perception. En 2012, Guzmán résumait magnifiquement son engagement envers la mémoire du passé chilien : « Je crois que la vie est mémoire, que tout est mémoire. Il n’y a pas de temps présent et, dans la vie, tout est souvenir. Je crois que la mémoire englobe toute la vie et tout l’esprit » [1].

Un géant du cinéma

Guzmán est un géant du cinéma documentaire latino-américain, auteur de plus de vingt films. Son triptyque La Bataille du Chili : la lutte d’un peuple sans armes — L’Insurrection de la bourgeoisie (1975), Le Coup d’État (1976) et Le Pouvoir populaire (1979) — consacré aux conflits politiques qui précédèrent le coup d’État contre Allende, constitue un exemple classique de ce que les cinéastes argentins Octavio Getino (1935-2012) et Fernando Solanas (1936-2020) théorisèrent sous le nom de « Troisième Cinéma ». Dans leur manifeste de 1969, Vers un troisième cinéma (Hacia un tercer cine), ils défendaient un cinéma de libération et de décolonisation, conçu comme une intervention dans la réalité politique et sociale.

Depuis l’exil, Guzmán continua de documenter la résistance à la dictature de Pinochet dans des films comme Au nom de Dieu (1987), tout en explorant la mémoire de l’Unité populaire et de la dictature dans Chili, la mémoire obstinée (1997), Le Cas Pinochet (2001) et Salvador Allende…

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Auteur: ugopalheta