Le Carnet secret, Cesare Pavese, édition, traduction et notes par Francesca Belviso, Le Bord de l’eau, 170 pages, 20 euros
Peu après la Libération, sans doute à l’été 1945, alors que l’engagement politique est considéré comme une valeur suprême, Giulio Einaudi, lors de l’un des premiers comités éditoriaux libérés de la censure fasciste de la maison d’édition qui porte son nom (bientôt l’une des plus prestigieuses en Italie, souvent comparée à Gallimard), demande à chacun des participants d’indiquer sur une feuille de papier ses orientations politiques. Beaucoup écrivent Parti communiste italien (PCI), d’autres se présentent comme libéraux, républicains ou socialistes de gauche. Cesare Pavese, pilier de la maison, éditeur et traducteur prolifique, inscrit un simple P. Tous lui demandent ce qu’il veut dire ; il répond simplement, souriant : « Poète. »
Il écrira dans son Journal, quelques mois avant son suicide, qu’il ‘n’est pas un bon camarade’.
Cette anecdote est particulièrement parlante à propos de l’auteur du Bel Été ou du Métier de vivre, son passionnant journal publié après son suicide en août 1950 à Turin. Il vient en effet de prendre, en 1945, sa carte du PCI. Ce qui fait s’interroger sur la profondeur de son engagement communiste, alors que l’Italie connaît une intense activité politique, et le Parti une croissance immense de ses adhérents, jusqu’à devenir le plus grand PC d’Europe occidentale.
Au-delà d’un goût pour la provocation, Pavese affirmait sans doute là sa différence avec la maison d’édition et son propriétaire, engagés dans une politique éditoriale qui s’emploie à accompagner le renouveau intellectuel et culturel, après vingt ans de régime fasciste, de la gauche…
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Auteur: Olivier Doubre

