« Ubi solitudinem faciunt, pacem appellant. » – « Là où ils font le désert, ils appellent cela la paix ». La formule de Tacite, souvent citée, rarement interrogée dans toute sa radicalité, ne relève ni de la dénonciation morale ni du simple constat historique. Elle désigne une structure. Elle dit que la paix, dans la généalogie impériale occidentale, n’est jamais l’opposé de la violence, mais sa forme stabilisée, durable, institutionnalisée. Autrement dit, la Pax n’est ni cessez-le-feu, ni suspension temporaire, ni moment d’harmonie, mais la guerre transmuée, figée en structure durable, un milieu où la violence n’est pas abolie mais dissimulée, naturalisée, mise en ordre.
L’Amérique et ses alliés (dont seize nations du bloc atlantique, je les rappelle aux Zéropéens (sic) convaincus) vont reformater le monde durant le XXIe siècle. Cela se fera au prix d’une guerre de Cent Ans. Cela se fera contre l’ONU, contre Bruxelles et ses alliés, cela se fera contre les islamistes, contre le racisme anti-occidental. Cela se fera contre les écolo-pacifistes et nazillons cools, les bolcheviks pop et les nanarchistes mode, contre l’Eurabie et ses séides. Cela se fera contre Zéropa-Land.
Maurice G. Dantec, Le théâtre des opérations 2002-2006. American Book, Albin Michel, 2007, p. 122.
Là où la guerre demeure événementielle, la paix impériale transforme la violence en milieu. Elle l’inscrit dans les lois, les frontières, les catégories du pensable. La paix n’est plus ce qui vient après la guerre : elle est ce par quoi la guerre devient invisible. Cet ordre se déploie selon une architecture héliocentrique : un centre souverain transfère l’autorité, distribue la lumière, la norme et la vérité. Tout le reste est périphérique, déviant, marginal. Le barbare n’est pas simplement un opposant mais une résistance opposée au centre lui-même, à son principe de raison. De cette manière,…
Auteur: dev

