« Paysan » : histoire d’un terme tour à tour stigmatisant et valorisant

La conférence de Gabriel Attal, qui s’est tenue le 26 janvier 2024 dans une ferme près du barrage de l’autoroute A64, foyer de la dernière contestation agricole, a marqué les esprits en raison de l’organisation dont elle a fait l’objet. Le premier ministre y apparaît planté au milieu d’un public d’agriculteurs, avec des bottes de paille en guise de pupitre, et une grange, une petite église et la montagne en toile de fond.

Gabriel Attal en visite dans une ferme d’Occitanie.
Polka Magazine/Vincent Nguyen/Riva Press/Le Monde

En déclarant que « sans nos paysans et agriculteurs, ce n’est plus la France », Gabriel Attal parle des agriculteurs pour encenser la puissance économique d’une agriculture productiviste et exportatrice. Le terme paysan revêt quant à lui une dimension affective. Le discours de Gabriel Attal se veut rassurant, protecteur, voire paternaliste. Il s’adresse bien sûr aux exploitants agricoles, mais aussi à toute une partie de la société française en manque de repères dans la mondialisation. Cette thématique est particulièrement exploitée par l’extrême-droite. Dans un message publié sur Twitter/X, le 1er mars 2024, Marion Maréchal-Le Pen oppose ainsi les « paysans » et les « migrants ».

Si à l’heure actuelle le mot paysan est donc plutôt valorisé, il convient de ne pas oublier sa nature polysémique et son acception changeante au fil des circonstances et de l’histoire.

L’étymologie du terme paysan vient du latin pagus (pays) : circonscription administrative et religieuse à la fin de l’Empire romain. Ses habitants sont appelés les « pagani », les « gens du pays », par opposition aux « alienus », c’est-à-dire aux étrangers, en fait souvent des militaires romains. Aux IVe-Ve siècles, les chrétiens, qui affirment être les soldats du Christ désignent les pagani comme des…

La suite est à lire sur: theconversation.com
Auteur: Anthony Hamon, Docteur en histoire contemporaine, Université Rennes 2

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