| Le néopaysan Mathieu Yon, installé dans la Drôme en tant que maraîcher biologique en circuit court, est chroniqueur pour Reporterre. |
Depuis que je suis maraîcher et que je milite, je me bats pour améliorer la condition paysanne, que ce soit à la Confédération paysanne ou avec le collectif pour une Sécurité sociale de l’alimentation. Malgré les joies partagées et les avancées, il m’arrive de douter des stratégies employées. J’entends parler de « milieux », de « groupes » et de « collectifs », comme si l’objectif était de reconstituer des îlots de résistance et des marges.
Je comprends ce besoin de fabriquer des refuges, face à l’incendie du monde qui ne cesse de s’étendre. Mais cela produit une sorte d’effet collatéral, probablement involontaire. Le capital culturel requis, pour s’investir dans ces « groupes » et ces « collectifs », réduit peu à peu leur diversité sociale et politique.
Personne à gauche ne revendique l’entre-soi, mais les faits sont têtus. Quelles sont ces barrières invisibles que les militants n’osent plus franchir ? Pour les enjamber à nouveau, il faudrait repenser la notion de « radicalité », et la placer au niveau des convictions, pas des relations.
Si personne dans mon entourage ne vote à l’extrême droite, comment serais-je en mesure de comprendre ce vote ? Nos existences s’organisent socialement pour côtoyer le même, pour rencontrer les mêmes. Cette recherche d’un « confort cognitif » s’applique à toutes les classes de la société. Mais c’est le devoir de la gauche de ne pas s’y soumettre.
Quelles seraient les voies pour sortir de notre enfermement social ?
Il faudrait inventer des manières de quitter l’entre-soi : monter des actions contre le Mercosur avec l’ensemble des syndicats agricoles, imaginer des luttes forestières qui incluraient des chasseurs et des naturalistes… À bien y regarder, il existe des luttes…
Auteur: Mathieu Yon

